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MK-4 ou MK-7 — quelle forme de vitamine K2 choisir ?

« Vitamine K2 » sur l'étiquette d'un complément recouvre en réalité l'une de deux molécules qui se comportent de façon très différente — MK-4 et MK-7 — dont la durée de présence dans le sang diffère si radicalement que l'une peut être indétectable dans le sérum même après une prise régulière, tandis que l'autre reste détectable jusqu'à 48 heures après une seule dose. Ce n'est pas une différence marketing cosmétique — c'est une différence qui conditionne l'interprétation de la plupart des études sur la K2, car les essais cliniques clés sur les os et le cœur ont utilisé des formes différentes à des doses très différentes.

PZdr Piotr Zieliński12 octobre 202613 min de lecture
Sommaire

Deux molécules sous un seul nom sur l'étiquette

« Vitamine K2 » sur l'étiquette d'un complément est un nom collectif pour tout un groupe de composés appelés ménaquinones, mais en pratique commerciale et scientifique, cela se réduit presque exclusivement à deux formes précises : la MK-4 (ménaquinone-4) et la MK-7 (ménaquinone-7). Elles diffèrent par la longueur de la chaîne isoprénoïde latérale attachée au même noyau chimique — la MK-4 a une chaîne plus courte, la MK-7 une chaîne beaucoup plus longue. Cette différence structurelle apparemment mineure se traduit par un comportement pharmacocinétique radicalement différent des deux formes dans l'organisme, ce qui a une importance pratique dans le choix d'un complément.

Cet article ne répète pas la synthèse générale des preuves sur les effets de la vitamine K2 sur les os et le cœur, que nous détaillons dans notre article sur la vitamine K2, les os et le cœur, ni l'interaction avec la warfarine, que nous décrivons séparément. Il se concentre sur une seule question pratique : en quoi la MK-4 et la MK-7 diffèrent-elles pharmacocinétiquement, quelle forme a été utilisée dans les essais cliniques clés, et ce que cela implique pour le choix d'un complément précis.

Pourquoi cette question est plus importante qu'il n'y paraît

Beaucoup de gens qui lisent sur les bénéfices de la vitamine K2 pour les os ou le cœur ne réalisent pas que les essais cliniques cités n'ont presque jamais testé « la vitamine K2 » comme une substance universelle unique — ils ont testé une forme précise (MK-4 ou MK-7) à une dose précise. Transposer les conclusions d'un essai sur une forme à un complément contenant l'autre forme, à une dose totalement différente, est l'une des erreurs d'interprétation les plus fréquentes sur ce sujet.

Ce que montre une étude comparant directement les deux formes

La source la plus convaincante sur les différences pharmacocinétiques est une étude spécifiquement conçue pour comparer directement les deux formes chez les mêmes personnes, dans les mêmes conditions.

Comparison of menaquinone-4 and menaquinone-7 bioavailability in healthy women

Preuves solides

Sato T, Schurgers LJ, Uenishi K · Nutrition Journal · 2012

Une étude chez des femmes japonaises en bonne santé. Après une dose unique de 420 mcg de MK-7, prise avec un petit-déjeuner standardisé, le niveau sérique de MK-7 a atteint son pic vers 6 heures et est resté détectable jusqu'à 48 heures après la prise. Une dose unique identique de 420 mcg de MK-4 n'était détectable dans le sérum d'aucune participante à aucun moment. Dans une phase ultérieure de l'étude, avec une prise quotidienne de 60 mcg pendant 7 jours, la supplémentation en MK-7 a significativement augmenté les niveaux sériques de MK-7 chez toutes les participantes, alors que la supplémentation quotidienne en MK-4 à la même dose n'a pas augmenté de façon mesurable les niveaux sériques de MK-4.

Voir l'étude

Ce n'est pas une différence de degré — c'est une différence de nature

Preuves solides

Le résultat de cette étude est plus radical que ce que suggérerait une simple différence de biodisponibilité « meilleure » ou « moins bonne ». À des doses de complémentation typiques (de l'ordre de quelques dizaines à quelques centaines de mcg), la MK-4 n'augmentait pas du tout le niveau sanguin de façon mesurable, alors que la MK-7 à la même dose le faisait de façon constante et durable. Les auteurs ont conclu que la MK-4 alimentaire/en complément à ces doses ne contribuait pas de façon mesurable au statut vitaminique K systémique, évalué par le niveau sérique — une mise en garde cruciale pour interpréter toute étude ayant utilisé la MK-4 à de faibles doses « de complément ».

Une réserve qui change tout : doses pharmacologiques contre doses de complément

Le résultat de l'étude de Sato et collègues pourrait suggérer que la MK-4 est une forme « inutile » — mais c'est une conclusion hâtive qui ignore un contexte crucial : au Japon, la MK-4 est utilisée depuis des décennies en clinique pour traiter l'ostéoporose, mais à une dose pharmacologique de 45 milligrammes par jour, soit environ 1000 fois supérieure à la dose de 45 microgrammes typique des compléments MK-7 populaires sur le marché occidental. Ce n'est pas une différence cosmétique de notation d'unités — c'est une différence de trois ordres de grandeur qui change fondamentalement ce qu'une forme donnée peut, ou ne peut pas, faire dans l'organisme.

Vitamin K2 (menatetrenone) effectively prevents fractures and sustains lumbar bone mineral density in osteoporosis

Preuves modérées

Shiraki M, Shiraki Y, Aoki C, Miura M · Journal of Bone and Mineral Research · 2000

Un des essais cliniques japonais classiques sur la ménatétrénone (MK-4) dans l'ostéoporose, utilisant la dose pharmacologique de 45 mg par jour — une dose enregistrée au Japon comme médicament contre l'ostéoporose, pas comme complément alimentaire. L'essai a montré moins de nouvelles fractures vertébrales et un maintien de la densité minérale osseuse lombaire dans le groupe traité par MK-4 par rapport au groupe non traité, dans le cadre d'un programme plus large de recherche sur la ménatétrénone dans la pratique clinique japonaise.

Voir l'étude

En d'autres termes : la MK-4 « fonctionne » sur les os dans les essais cliniques, mais à une dose pharmacologique, enregistrée au Japon comme médicament, pas aux doses microgrammatiques typiques des compléments alimentaires vendus en Occident. Transposer les conclusions de ces essais pharmacologiques sur la MK-4 à un complément contenant de la MK-4 à faible dose est une erreur d'extrapolation — c'est une plage de dosage entièrement différente, avec une logique pharmacologique différente.

Que montre la meilleure étude sur la MK-7 et les os

Alors que les essais clés sur la MK-4 dans l'ostéoporose s'appuyaient sur des doses pharmacologiques, les études sur la MK-7 ont testé la forme à des doses bien plus faibles, typiquement de complément — cohérentes avec sa pharmacocinétique différente décrite plus haut.

Three-year low-dose menaquinone-7 supplementation helps decrease bone loss in healthy postmenopausal women

Preuves solides

Knapen MHJ, Drummen NE, Smit E, Vermeer C, Theuwissen E · Osteoporosis International · 2013

Un essai randomisé, contrôlé par placebo, de trois ans, chez 244 femmes postménopausiques en bonne santé âgées de 55 à 65 ans, prenant 180 mcg de MK-7 par jour ou un placebo. La supplémentation en MK-7 a significativement réduit le déclin lié à l'âge de la densité minérale osseuse et de la résistance osseuse du col fémoral par rapport au placebo, et a significativement limité la perte de hauteur des vertèbres en deuxième et troisième année de suivi (-3,3 % contre -4,1 % ; p=0,0003).

Voir l'étude

Cette étude est particulièrement précieuse car la dose utilisée (180 mcg par jour) est proche des doses disponibles dans les compléments MK-7 populaires sur le marché, ce qui facilite la transposition directe des résultats à une décision réelle de supplémentation — à la différence des études sur la MK-4 à doses pharmacologiques, plus difficiles à comparer à un complément alimentaire typique.

Et pour les études sur le cœur ? Quelle forme a été testée

Dans le contexte de la santé cardiovasculaire, que nous traitons plus en détail (avec la réserve que les preuves pour cet effet précis sont bien plus faibles que pour les os) dans notre article sur la vitamine K2, les os et le cœur, l'essai clinique clé, le mieux conçu — évaluant la progression de la calcification de la valve aortique — a également utilisé la forme MK-7, associée à la vitamine D3, pas la MK-4. C'est un élément de contexte important lorsqu'on compare les preuves entre les deux formes : la plupart des essais cliniques récents et de grande envergure en Occident, quel que soit le critère évalué (os ou cœur), se concentrent sur la MK-7, probablement en raison de son profil pharmacocinétique plus favorable à faibles doses de complément.

Une règle pratique pour lire les études sur la vitamine K2

Pour toute étude ou tout article sur les bénéfices de la vitamine K2, il est utile de vérifier deux choses : quelle forme (MK-4 ou MK-7) a été utilisée, et à quelle dose. Sans ces deux informations, il est difficile d'évaluer si les résultats d'une étude donnée ont une quelconque pertinence pour un complément précis envisagé à l'achat.

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Mythe contre fait : « la vitamine K2 est la vitamine K2, la forme n'a pas vraiment d'importance »

Idée reçue

La vitamine K2 est la vitamine K2 — la forme (MK-4 ou MK-7) a surtout une importance marketing, pas une importance pratique pour l'efficacité de la supplémentation.

Fait

Une étude comparant directement les deux formes a montré qu'à des doses de complément typiques (de l'ordre de quelques dizaines à quelques centaines de microgrammes), la MK-4 n'augmentait pas de façon mesurable le niveau de vitamine K dans le sang, alors que la MK-7 le faisait de façon constante, avec un effet durant jusqu'à 48 heures après une seule dose. La forme a donc une importance pharmacocinétique fondamentale, pas seulement marketing — et la dose à laquelle une forme donnée a été testée cliniquement (microgrammes pour la MK-7, milligrammes pour la MK-4 pharmacologique) compte autant que la forme elle-même.

Ce que cela signifie en pratique — comment doser et à quoi faire attention

Conclusions pratiques pour choisir et doser un complément de vitamine K2

  • Pour choisir un complément alimentaire (pas un médicament sur prescription), la MK-7 a une pharmacocinétique mieux confirmée à des doses typiques et faibles — c'est la forme utilisée dans la plupart des essais cliniques occidentaux récents, tant pour les os que pour le cœur
  • Les doses de MK-7 typiques et bien étudiées pour la santé osseuse sont d'environ 180 mcg par jour — il vaut la peine de comparer la dose indiquée sur l'étiquette d'un produit donné à cette valeur, plutôt que de supposer que « plus c'est mieux »
  • Les produits contenant de la MK-4 à des doses microgrammatiques (typiques des compléments alimentaires) ne reposent pas sur des études de comparaison de biodisponibilité solides — les doses pharmacologiques élevées de MK-4 testées au Japon (45 mg) sont des médicaments enregistrés, pas des compléments alimentaires en vente libre
  • La MK-7 reste beaucoup plus longtemps dans le sang que la MK-4 à faibles doses, ce qui plaide en théorie pour un dosage moins fréquent tout en maintenant un niveau stable — bien que la plupart des études disponibles aient tout de même utilisé un dosage quotidien
  • Les personnes prenant des anticoagulants antagonistes de la vitamine K (warfarine, acénocoumarol) devraient discuter de toute supplémentation en K2 avec leur médecin, quelle que soit la forme — nous décrivons cette interaction plus en détail séparément
  • La forme elle-même (MK-4 ou MK-7) ne détermine pas la sécurité globale d'un complément — les deux variantes ont, dans les études à doses de complément, un profil d'effets indésirables comparable au placebo

Limites de ces données

Ce que ces études ne prouvent pas

La comparaison de biodisponibilité de Sato et collègues portait sur un petit groupe de femmes japonaises en bonne santé et n'évaluait que le niveau sérique de vitamine K, pas des critères cliniques durs comme les fractures ou les événements cardiovasculaires — la conclusion sur la biodisponibilité plus faible de la MK-4 à faibles doses est mécanistiquement convaincante, mais ce n'est pas la même chose qu'un essai clinique direct comparant les deux formes sur un critère dur. Les essais de Shiraki sur la MK-4 pharmacologique et de Knapen sur la MK-7 diffèrent aussi par la population, la durée de suivi et la méthodologie, ce qui limite une comparaison directe et chiffrée de « quelle forme est la meilleure » — ils montrent plutôt que les deux formes peuvent fonctionner, mais dans des plages de dosage entièrement différentes et avec une logique pharmacologique différente. Aucune des études citées n'a testé la MK-4 à des doses de complément typiques et faibles sur un critère clinique dur (fractures, événements cardiaques) comparable aux études sur la MK-7.

CritèreMK-4MK-7
Longueur de la chaîne isoprénoïdePlus courtePlus longue
Détectabilité sanguine après une faible doseIndétectable dans l'étude comparativeDétectable jusqu'à 48h après une dose
Usage clinique typiqueDose pharmacologique (45 mg) comme médicament au JaponDose de complément (~180 mcg) dans les études occidentales
Forme dans les études clés sur les os (Occident)Plus rare, surtout à hautes doses pharmacologiquesPlus fréquente, à faibles doses de complément
Forme dans l'étude sur la calcification de la valve aortiqueNon utiliséeUtilisée (avec vitamine D3)

MK-4 vs MK-7 en un coup d'œil

Notre recommandation éditoriale

La question « MK-4 ou MK-7 » n'a pas de réponse universelle unique, car elle dépend d'un contexte de dosage souvent passé sous silence dans les supports marketing des compléments. Pour quelqu'un qui choisit un complément alimentaire à des doses typiques, microgrammatiques, les preuves d'une augmentation réelle du niveau sanguin de vitamine K et de sa traduction en bénéfice pour la santé osseuse sont plus solides pour la MK-7. Pour la MK-4, des preuves cliniques solides existent surtout dans une plage de dosage entièrement différente, pharmacologique, enregistrée comme médicament au Japon, et non vendue comme complément alimentaire en Occident.

Poser la question de la forme de la vitamine K2 sans poser celle de la dose est une question incomplète — ces deux variables sont, dans ce cas précis, indissociables, et les supports marketing des compléments l'expliquent rarement aussi clairement que les études cliniques elles-mêmes.

Dr Piotr Zieliński, rédaction VitMode

Questions fréquentes

Pas dans un sens simple et univoque — la MK-7 a une biodisponibilité mieux confirmée à de faibles doses, typiquement de complément, mais la MK-4 dispose de ses propres preuves cliniques solides dans une plage de dosage entièrement différente, pharmacologique (45 mg par jour) pour traiter l'ostéoporose au Japon. Ce sont plutôt deux stratégies de dosage différentes qu'une forme « meilleure » que l'autre dans tous les contextes.

Dans l'essai de trois ans de Knapen et collègues (2013), une dose de 180 mcg de MK-7 par jour a été utilisée, une dose proche de nombreux compléments MK-7 populaires disponibles sur le marché — ce qui facilite la comparaison des résultats de l'étude avec un produit précis.

Ce n'est pas équivalent aux études pharmacologiques — la dose de 45 mg de MK-4 utilisée au Japon est un médicament enregistré, pas un complément alimentaire en vente libre en Occident, et une telle décision ne devrait être prise qu'avec un médecin, pas de façon autonome sur la base d'une étiquette de complément.

En théorie, ils pourraient combiner l'action plus rapide et de courte durée de la MK-4 avec la longue persistance de la MK-7 dans le sang, mais il n'existe pas d'études cliniques dédiées évaluant une telle combinaison à des doses de complément typiques par rapport à la MK-7 seule — la décision devrait se fonder sur la dose précise de chaque forme sur l'étiquette, pas seulement sur la présence des deux noms.

Le mécanisme de l'interaction (apport de vitamine K qui entre en concurrence avec l'action de la warfarine) concerne les deux formes, bien que la MK-7, en raison de sa plus longue persistance dans le sang, puisse avoir un effet plus fort et plus durable sur l'INR à dose pondérale égale que la MK-4 — nous détaillons cela dans notre article sur la vitamine K2 et la warfarine.

Cela dépend de la source — la MK-4 se trouve surtout dans les produits d'origine animale (viande, jaune d'œuf, produits laitiers), tandis que la MK-7 provient surtout de produits à base de soja fermenté, notamment le natto japonais, qui est l'une des sources alimentaires les plus riches connues pour cette forme.

Il n'y a pas de preuves claires en ce sens — la plupart des essais cliniques ayant montré un bénéfice documenté utilisaient des doses autour de 180 mcg par jour, et extrapoler une relation linéaire « plus c'est mieux » au-delà de la plage de doses réellement étudiée n'a pas de fondement solide dans les études citées ici.

Sources

PZ

dr Piotr Zieliński

Médecin spécialiste en endocrinologie, consultant scientifique

Piotr pratique l'endocrinologie depuis plus de quinze ans, principalement dans le domaine des troubles hormonaux masculins et de la santé métabolique. Il a rejoint VitMode comme consultant scientifique parce que, plaisante-t-il, il était las de répondre aux mêmes questions sur la testostérone à chaque consultation et a décidé d'écrire les réponses une bonne fois pour toutes. Il relit les contenus sur les traitements hormonaux, la pharmacologie des compléments et les interactions médicamenteuses, en veillant à ce que les articles n'encouragent jamais l'auto-supplémentation là où un diagnostic et un suivi médical sont réellement nécessaires. Sa devise professionnelle — « la preuve d'abord, l'enthousiasme ensuite » — il l'a répétée à plus d'un patient arrivé avec un plan de supplémentation trouvé sur internet.

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Commentaires (2)

  • KW

    Kasia W. il y a 2 semaines

    Très clairement expliqué, surtout la section sur les interactions — je n'avais vu ça regroupé nulle part ailleurs.

  • MT

    Marek T. il y a un mois

    Prévoyez-vous une mise à jour avec la dernière étude parue cette année ? J'ai vu une méta-analyse intéressante.