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AINS, tension artérielle et reins : qui doit faire attention

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, naproxène, diclofénac) peuvent élever la tension artérielle d'environ 5 mmHg en moyenne et affaiblir les médicaments contre l'hypertension, et associés à un diurétique et à un inhibiteur de l'ECA ou un sartan, ils forment le fameux triple whammy pour les reins. Nous présentons les données d'une méta-analyse d'essais randomisés, d'un essai de 4 mois avec mesure ambulatoire de la tension, d'une grande étude de population et d'une revue Cochrane sur les produits appliqués sur la peau. Nous expliquons aussi pourquoi le paracétamol n'est pas totalement neutre pour la tension, qui doit être le plus prudent et que faire à la place d'un comprimé.

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Sommaire

Les antalgiques de la famille des AINS augmentent-ils la tension artérielle ? La réponse courte

L'ibuprofène, le naproxène, le diclofénac, le kétoprofène et l'aspirine à forte dose appartiennent à une même famille de médicaments qui inhibent les enzymes cyclo-oxygénases et réduisent la production de prostaglandines. Ce sont elles qui sont responsables de l'effet antalgique et anti-inflammatoire, mais aussi de la plupart des effets indésirables de ce groupe. Nous traitons séparément des hémorragies gastriques et de l'interaction avec l'alcool, dans l'article sur l'ibuprofène et l'alcool. Ici, nous nous concentrons sur la circulation et les reins, car c'est le domaine auquel pensent le moins les personnes qui achètent ces médicaments en pharmacie ou au supermarché.

Cet article s'appuie sur une méta-analyse d'essais randomisés sur l'effet des AINS sur la tension, sur un grand essai avec mesure ambulatoire de la tension, sur une étude de population et une méta-analyse concernant le 'triple whammy', sur une méta-analyse observationnelle sur la maladie rénale chronique et sur une revue Cochrane sur les AINS appliqués sur la peau. Pour chaque conclusion, nous signalons le niveau de preuve. Nous ne donnons pas de doses individuelles et ne recommandons pas d'arrêter des médicaments prescrits par un médecin.

Pourquoi les AINS influencent-ils la tension et les reins ? Le mécanisme

Dans les reins, les prostaglandines jouent un rôle de régulateur. Elles dilatent les petits vaisseaux qui amènent le sang aux glomérules, favorisent l'excrétion du sodium et de l'eau et modulent le système rénine-angiotensine. Lorsque les AINS inhibent leur production, les vaisseaux rénaux se resserrent et le rein retient davantage de sodium et d'eau. Le volume sanguin circulant et la résistance vasculaire augmentent, ce qui se traduit par une tension plus élevée. Chez les personnes en bonne santé, dont le lit vasculaire est bien rempli, les reins compensent généralement ce changement. Le problème apparaît lorsque l'irrigation rénale dépend déjà des prostaglandines, c'est-à-dire en cas de déshydratation, d'insuffisance cardiaque, de cirrhose du foie, de maladie rénale chronique et chez les personnes âgées.

Le même mécanisme explique pourquoi les AINS affaiblissent de nombreux médicaments contre l'hypertension. Les inhibiteurs de l'ECA, les sartans, les diurétiques et les bêtabloquants agissent en partie par leur effet sur l'équilibre hydrosodé et le système rénine-angiotensine, dans lequel les prostaglandines jouent un rôle de médiateur. Lorsqu'elles sont bloquées, l'efficacité du traitement antihypertenseur peut baisser, si bien qu'une personne qui 'maîtrise sa tension' peut observer des valeurs plus élevées après quelques jours d'AINS. Nous le décrivons comme une explication mécanistique : elle est étayée par les observations cliniques décrites plus bas, mais les mécanismes eux-mêmes peuvent être plus complexes.

Ce qu'a montré la méta-analyse d'essais randomisés : une hausse d'environ 5 mmHg

Comment lire cela ? Premièrement, 5 mmHg est une moyenne issue d'essais très différents : l' est large (1,2-8,7), si bien que chez certaines personnes l'effet sera proche de zéro et chez d'autres bien plus grand. Deuxièmement, 5 mmHg pour une personne, ce n'est pas beaucoup, mais à l'échelle d'une population, un déplacement de cette ampleur compte pour le risque d'AVC et d'infarctus, ce que les auteurs soulignent eux-mêmes dans leur formulation sur une possible augmentation de la morbidité. Troisièmement, il s'agit d'une analyse de 1994, où dominaient des médicaments plus anciens et d'autres schémas ; elle montre le sens de l'effet, mais n'est pas le dernier mot.

Notable aussi, l'observation que l'effet des AINS était le plus grand chez les personnes sous bêtabloquants. C'est une conclusion tirée de données regroupées, qu'il ne faut donc pas généraliser à chaque patient, mais en pratique elle signifie que quiconque traite une hypertension doit considérer les AINS comme un médicament pouvant influencer l'efficacité de ce traitement.

Essai avec mesure de la tension sur 24 heures : ibuprofène, naproxène et célécoxib

C'est un complément important, car il montre l'effet sur la tension dans un essai moderne et bien conçu avec mesure continue, et pas seulement une mesure isolée au cabinet. Il faut toutefois garder le contexte en tête : c'étaient des doses sur ordonnance, plus élevées que les doses courantes sans ordonnance, et les participants étaient des personnes d'âge moyen et avancé avec des maladies articulaires et un risque cardiovasculaire accru. Le résultat ne signifie pas qu'un comprimé d'ibuprofène de pharmacie fera monter la tension de 3,7 mmHg. Il signifie qu'avec un usage régulier, sur plusieurs mois, d'ibuprofène à dose sur ordonnance, la tension augmente en moyenne et l'hypertension se développe plus souvent qu'avec le célécoxib.

Les différences entre médicaments sont donc parfois plus petites que celles entre usage bref et prolongé, ou entre dose faible et élevée. Dans la revue que nous décrivons dans l'article sur l'ibuprofène et l'alcool, les auteurs soulignent que le risque des AINS est continu et dépend de l'exposition totale, c'est-à-dire de la dose et de la durée d'utilisation.

Reins : atteinte aiguë et maladie rénale chronique

En premier lieu, les AINS peuvent provoquer une insuffisance rénale aiguë, c'est-à-dire une dégradation brutale de la fonction rénale, généralement dans des situations où l'irrigation rénale dépend des prostaglandines : déshydratation, chaleur, vomissements et diarrhée, insuffisance cardiaque ou après un effort intense. Dans la plupart des cas, l'atteinte est réversible après l'arrêt du médicament, mais elle doit être reconnue. La seconde question est la maladie rénale chronique (MRC) : l'usage prolongé d'AINS accélère-t-il son apparition ou sa progression.

Comment l'interpréter ? La ne comprend que des études observationnelles et interventionnelles à très forte hétérogénéité (I2 supérieur à 90 %), et les personnes qui prennent chroniquement des AINS diffèrent des autres : elles ont plus souvent des maladies articulaires, du diabète, de l'hypertension, si bien qu'une partie de l'association peut venir des maladies sous-jacentes et d'autres médicaments. Une conclusion prudente est qu'il existe un signal cohérent d'association entre l'usage chronique d'AINS et la MRC, le plus fort chez les personnes ayant déjà une maladie rénale. La causalité n'est pas prouvée. Nous décrivons la créatinine et le DFGe dans notre fiche sur la créatinine et le DFGe.

Le triple whammy : diurétique, inhibiteur de l'ECA ou sartan, et AINS

Le terme 'triple whammy' (triple coup) décrit l'utilisation simultanée d'un diurétique, d'un inhibiteur du système rénine-angiotensine-aldostérone (inhibiteur de l'ECA ou sartan) et d'un AINS. Chacun de ces éléments perturbe l'irrigation des glomérules d'une façon différente : le diurétique réduit le volume sanguin circulant, l'inhibiteur de l'ECA ou le sartan dilate le vaisseau efférent du glomérule, et l'AINS resserre le vaisseau afférent. Ensemble, ils peuvent conduire à une baisse de la filtration glomérulaire, surtout si s'y ajoute une déshydratation.

Deux sources indépendantes vont dans le même sens, mais avec d'importantes réserves. Le risque absolu était faible (une incidence d'insuffisance rénale aiguë de 7 pour 10 000 personnes-années dans la cohorte), les associations doubles n'ont montré aucune hausse, la méta-analyse repose sur des études cas-témoins de faible certitude et de forte hétérogénéité, et aucune hausse de la mortalité n'a été montrée. La conclusion la plus pratique concerne les premières semaines : le risque le plus grand survient au début de l'utilisation simultanée, c'est donc à ce moment qu'il faut le plus surveiller la déshydratation et les symptômes.

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Qui doit faire attention aux AINS ?

Idée reçue

Les AINS en vente libre à faibles doses sont sûrs, y compris pour une personne qui prend des médicaments contre l'hypertension.

Fait

Les AINS sans ordonnance ne sont pas sans effet sur la circulation et les reins. Les données sur la hausse de la tension proviennent en grande partie d'études à doses sur ordonnance, nous ne savons donc pas exactement quelle est l'ampleur de l'effet avec un seul comprimé, mais le mécanisme (rétention de sodium et d'eau, affaiblissement des antihypertenseurs) vaut aussi à doses plus faibles. Les plus grands dangers sont liés à l'usage régulier et prolongé, à la déshydratation et à l'association avec un diurétique et un inhibiteur de l'ECA ou un sartan. Une personne traitée pour hypertension devrait, avant de prendre un AINS, demander à un pharmacien ou à un médecin quelles sont ses options.

Que prendre à la place des AINS ? Paracétamol et produits cutanés, avec des réserves honnêtes

La première idée est le paracétamol, car il n'affecte pas les reins ni l'estomac comme les AINS. Il s'avère cependant qu'il n'est pas non plus totalement neutre pour la tension, comme le montre un essai randomisé dans une population distincte de personnes hypertendues.

Cet essai concerne une dose de 4 g par jour pendant deux semaines, c'est-à-dire la dose maximale, et non un comprimé isolé, et les participants étaient des personnes ayant une hypertension diagnostiquée. Il ne signifie pas que le paracétamol est 'pire' que les AINS, mais qu'aucun antalgique oral n'est totalement indifférent pour la tension s'il est utilisé régulièrement et à forte dose. Nous traitons de la posologie, du foie et de l'alcool pour le paracétamol dans l'article sur la dose maximale de paracétamol.

Conclusion pratique : pour une douleur locale dans l'arthrose, les AINS appliqués sur la peau ont une preuve d'efficacité, certes modérée et pour une minorité de personnes, et dans les études on n'a pas observé de différence nette des effets indésirables systémiques par rapport au véhicule. La revue a toutefois des limites : la qualité des preuves sur la sécurité systémique est très faible, de nombreuses données d'études terminées sont restées non publiées, et pour d'autres états douloureux (par exemple entorses aiguës, douleur musculaire) la revue sur la douleur chronique ne peut pas être appliquée. Les personnes atteintes de MRC ou appartenant à des groupes à risque devraient aussi discuter des gels avec un médecin ou un pharmacien.

Que pouvez-vous faire en pratique ?

Quand consulter un médecin ? Signes d'alerte

QuestionRéponse courteNiveau de preuve
Les AINS augmentent-ils la tension ?En moyenne d'environ 5 mmHg dans une méta-analyse d'essais randomisés ; l'effet dépend du médicament et de la doseFort (méta-analyse d'essais randomisés)
Les AINS affaiblissent-ils les antihypertenseurs ?Oui, le plus fortement les bêtabloquants (environ 6 mmHg)Fort (méta-analyse d'essais randomisés)
Comment l'ibuprofène à dose sur ordonnance agit-il sur la tension ?La tension systolique sur 24 h a augmenté de 3,7 mmHg après 4 moisFort (essai randomisé)
Les AINS augmentent-ils le risque de maladie rénale ?HR regroupé de 1,50 dans une méta-analyse observationnelle ; forte hétérogénéitéModéré (observationnel)
En quoi consiste le triple whammy ?Diurétique + inhibiteur de l'ECA/sartan + AINS : risque d'insuffisance rénale aiguë environ 1,3 à 2,0 fois plus élevéModéré (études cas-témoins)
Le paracétamol est-il neutre pour la tension ?Pas totalement : 4 g par jour ont élevé la tension systolique d'environ 5 mmHg chez des hypertendusFort (essai randomisé)
Les AINS cutanés fonctionnent-ils ?Diclofénac et kétoprofène dans l'arthrose, NNT 6,9-9,8Fort (revue Cochrane)
AINS, tension artérielle et reins : synthèse

Notre recommandation éditoriale

Les AINS restent des médicaments efficaces, et pour une personne en bonne santé un usage bref et occasionnel est généralement justifié. Les données montrent cependant qu'en cas d'hypertension, de maladie rénale, à un âge avancé et lors d'une association avec des diurétiques et des inhibiteurs de l'ECA ou des sartans, il vaut la peine de changer de stratégie par défaut. Il ne s'agit pas d'un évitement paniqué, mais de trois décisions : la douleur nécessite-t-elle vraiment un médicament systémique, peut-on utiliser un produit local ou une méthode non médicamenteuse, et quelqu'un connaissant la liste complète des médicaments a-t-il confirmé que cette association est sûre pour nous.

Un antalgique disponible sans ordonnance ne cesse pas d'être un médicament. En cas d'hypertension et de maladie rénale, la question n'est pas 'le comprimé va-t-il agir', mais 'avec quoi vais-je l'associer et pour combien de temps'.
Rédaction VitMode

Questions fréquentes

Il peut l'augmenter, surtout en cas d'usage régulier. Dans l'essai PRECISION-ABPM, la tension systolique moyenne sur 24 heures a augmenté de 3,7 mmHg après 4 mois d'ibuprofène à dose sur ordonnance, et une hypertension s'est développée chez 23,2 % des personnes à tension initialement normale. L'effet d'un comprimé isolé n'a pas été mesuré dans cet essai, mais le mécanisme (rétention de sodium et d'eau) vaut aussi à doses plus faibles.

Dans l'essai PRECISION-ABPM, le célécoxib n'a pas modifié la pression systolique (-0,3 mmHg), le naproxène l'a élevée de 1,6 mmHg et l'ibuprofène de 3,7 mmHg. Le célécoxib est toutefois un médicament sur ordonnance avec ses propres réserves, et le paracétamol à 4 g par jour a élevé la pression systolique d'environ 5 mmHg chez des personnes hypertendues. Aucun médicament oral n'est totalement indifférent, et le choix doit tenir compte des autres maladies et médicaments.

C'est l'utilisation simultanée d'un diurétique, d'un inhibiteur de l'ECA ou d'un sartan et d'un AINS. Dans une étude de population britannique, cette association était associée à une fréquence accrue d'insuffisance rénale aiguë (rapport de taux 1,31), et le risque le plus élevé survenait dans les 30 premiers jours (1,82). Une méta-analyse de cinq études cas-témoins a montré un odds ratio de 2,01 avec une faible certitude des preuves. Les associations doubles n'ont montré aucune hausse du risque.

L'insuffisance rénale aiguë après les AINS est généralement réversible après l'arrêt du médicament, mais elle doit être reconnue. Une méta-analyse observationnelle a montré une association entre l'usage chronique d'AINS et la survenue et la progression d'une maladie rénale chronique (HR regroupé 1,50), la plus forte chez les personnes qui avaient déjà une maladie rénale (HR 1,67). La causalité n'est pas prouvée, et l'hétérogénéité des études est élevée.

Une revue Cochrane a montré l'efficacité du diclofénac topique dans l'arthrose (NNT 9,8) et l'absence de différence nette des effets indésirables systémiques par rapport au véhicule, bien que la qualité de ces données de sécurité soit très faible. L'exposition systémique après application sur la peau est généralement plus faible qu'après un comprimé, mais les personnes hypertendues, atteintes d'une maladie rénale ou appartenant à des groupes à risque devraient discuter du gel avec un médecin ou un pharmacien.

Il n'existe pas de norme unique, mais il est raisonnable de mesurer la tension avant de commencer l'AINS et après quelques jours, en notant les résultats et en les montrant à un médecin. Si la tension augmente de façon continue, n'augmentez pas de votre propre initiative les doses de vos antihypertenseurs, mais consultez un médecin.

Non. Les doses et le schéma des antihypertenseurs sont fixés par un médecin, et les arrêter ou les modifier seul est dangereux. Si un AINS fait monter la tension, la solution est de discuter avec le médecin d'un changement d'antalgique, et non de manipuler les antihypertenseurs.

Sources (7)

Les sources sont numérotées. Les références PubMed sont vérifiées automatiquement (identifiant, titre, année).

  1. 1Johnson et al. 1994 — Annals of Internal Medicine (AINS et tension artérielle, méta-analyse)PubMed
  2. 2Ruschitzka et al. 2017 — European Heart Journal (PRECISION-ABPM : ibuprofène, naproxène, célécoxib et tension)PubMed
  3. 3Soliman et al. 2025 — Romanian Journal of Internal Medicine (AINS et maladie rénale chronique)PubMed
  4. 4Lapi et al. 2013 — BMJ (diurétiques, inhibiteurs de l'ECA, sartans et AINS et insuffisance rénale aiguë)PubMed
  5. 5Calvo et al. 2025 — British Journal of Clinical Pharmacology (triple whammy, méta-analyse)PubMed
  6. 6MacIntyre et al. 2022 — Circulation (PATH-BP : paracétamol et tension)PubMed
  7. 7Derry et al. 2016 — Cochrane Database of Systematic Reviews (AINS topiques dans la douleur musculo-squelettique chronique)PubMed
VM

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